Si l’on devait classer les romanciers américains contemporains dans deux catégories caricaturales, on rangerait d’un côté les amoureux de leur pays dont l’oeuvre est l’instrument d’une propagande plus ou moins habile, et de l’autre les ardents détracteurs de la mère patrie, qui trouvent élégant de cracher dans la soupe pour lui donner du goût.
John Irving a su échapper à l’écueil de ces deux clichés : dans « Une prière pour Owen », il parvient à exprimer, de façon subtile et intense, le déchirement entre l’amour pour un pays qui s’égare (l’histoire se déroule pendant la guerre du Vietnam) et le dégoût croissant devant les errances d’un gouvernement manipulateur.
Le livre débute sur le thème d’une amitié inattendue entre deux petits garçons, John, le narrateur, et Owen Meany, un petit bonhomme étrange à la voix déglinguée et à la personnalité bien trempée. A travers les mots de John, qui nous promène au fil du livre à la première personne, c’est en fait la voix d’Owen, au propre comme au figuré, qui donne le ton et domine l’histoire. Les descriptions des personnages (Tabby la mère de John, Dan le beau-père, le pasteur Merrill, le chien Sagamore, Hester-la-Mégère…) tendres et cyniques, sont l’oeuvre de John, narrateur permanent ; mais ce sont les commentaires d’Owen, comme partagés avec nous sur un ton de confidence, qui donnent tout leur croustillant à ces portraits. Owen parle en majuscules, ce qui complète parfaitement la description faite par le narrateur de l’état lamentable de ses cordes vocales.
Mais « Une prière pour Owen » n’est pas qu’un exercice de style. C’est avant tout le récit touchant d’un destin d’exception, sur fond de guerre du Vietnam, de quête identitaire et surtout de foi en Dieu. La religion, pente savonneuse par excellence des thèmes en filigrane dans la littérature contemporaine, est délicate à aborder ; John Irving réussit l’exploit de nous parler de la dévotion, de l’amour de Dieu et surtout du doute, de la fragilité de la foi, en étant drôle, ce qui relève du miracle.
Le roman se situe, comme presque toujours chez Irving, en Nouvelle-Angleterre. En marge de l’intrigue principale (le parcours d’Owen), le narrateur est à la recherche de son vrai père, dont l’identité n’a jamais n’a jamais été révélée par sa mère. Cette hésitante quête, sous-tendue par la peur de savoir, puise dans l’histoire de John Irving, lui-même né de père inconnu et n’ayant appris que très tard l’identité de son géniteur.
« Une prière pour Owen » est en définitive un roman « patchwork », assemblage incertain et magnifique, avec pour motif central une personnalité inoubliable.
Owen, fascinant, irritant, sexy, vulnérable et touchant, mais avant tout porteur d’une subversive vision de ce que peuvent être l’amitié, l’amour et la foi aujourd’hui, pénètre l’esprit et le coeur avec intensité. Voilà la force du talent de John Irving : avoir créé un personnage qui, la dernière page du livre atteinte, nous manque comme un ami qu’on aurait perdu.
John Irving, Une prière pour Owen, Editions du Seuil, 1989, 568 pages.





Bonsoir,
ça fait plusieurs jours que j’ai découvert tes blogs à commencer par GBS et que je me régale à te lire !!! Tu as vraiment une très belle plume et je suis sidérée et je t’envie (je sais si j’avais dit ça à un homme ça aurait une toute autre … saveur) !!!! Alors apprendre en plus de tout ça que tu es mère de famille, que tu reprends tes études, et que tu continue d’écrire, tout en, je suppose, bossant aussi peut-être…. je suis sur le cul, y’a pas d’autres mots !!! Mais comment tu fais ? Où est-ce que tu trouves le temps pour tout ça et en plus avoir une vie de couple sympa et essayer des sex-toys (sympa aussi !!) ????
Et là, cerise sur le gâteau en plus je découvre un billet sur John Irving, un auteur que j’adore, et sur un de ses meilleurs romans, à mon avis…. encore qu’ un “enfant de la balle” était très délirant aussi…. Bref, Girly , j’adore tout ce que tu fais ….
Merci beaucoup !!!